Interview de Philippe Karl, parue en allemand sous forme abrégée dans le magazine « Dressur-Studien », février 2011

Selon la FN allemande, pour exécuter une transition, le cavalier doit utiliser la « DEMI-PARADE » : emploi simultané des aides de main, de poids et de jambes. Pourquoi n’êtes-vous pas d’accord ?

En préambule, il convient de rappeler que nous traitons ici de DRESSAGE CLASSIQUE.
Il s’agit donc des méthodes et procédés employés à l’ÉDUCATION du cheval (voilà pour le dressage). Ceux-ci doivent être à la fois doux et efficaces, parce que conformes à sa nature et correspondant à ses besoins biologiques (l’ambition classique est à ce prix).
Vue sous cet angle, la « demi-parade » apparaît fort contestable à plusieurs titres :

 

• Communication et didactique…
Il y a emploi simultané des aides dites « propulsives » (jambes actives) et d’aides dites « de retenue » (assiette alourdie et mains basses actives). En langage clair : le cavalier pousse et tire en même temps. Cela provoque incompréhension, inquiétude et contraction.
L’éthologie est formelle là-dessus : l’homme soucieux de se faire comprendre ne doit délivrer qu’UN SEUL message à la fois… et donc rejeter l’emploi simultané d’aides contradictoires.

• Équilibre et biomécanique…
L’effet supposé de la « demi-parade » étant d’animer et de rééquilibrer le cheval dans le mouvement en avant, le cavalier escompte « une avancée des postérieurs sous la masse, vers le centre de gravité ».
Si ce raccourcissement du cheval par l’arrière se trouve souvent illustré dans les manuels, c’est par des dessins, jamais par des photographies… et pour cause ! La locomotion animale est une science. Et l’analyse de films au ralenti ou de photographies montre que, du trot le plus étendu au trot le plus rassemblé (passage), en passant par toutes ses formes intermédiaires (trot de travail, rassemblé ou d’école)… les membres des bases diagonales à l’appui restent au mieux strictement parallèles. Ils ne convergent jamais. Donc : aucun raccourcissement des bases.
NB : Au passage, ces bases s’ouvrent même fréquemment par l’arrière !
C’est seulement quand il recule ou qu’il manie sur place ou presque (piaffer, galop très rassemblé, pirouette au galop) que le cheval peut maintenir des bases raccourcies par l’arrière. Car il ne pousse plus vers l’avant.

Au total, mouvement en avant et raccourcissement des bases par l’arrière sont incompatibles. La RÉALITÉ contredisant la THÉORIE, le cheval ne peut en aucun cas répondre aux exigences du cavalier.

DANS LES FAITS, que produit la « demi-parade » ?
Poussé vers une main qui au mieux résiste, et souvent tire, le cheval qui APPREND a trois possibilités :
• S’il est généreux, il choisira d’obéir aux jambes, et traversera la main pour s’échapper.
• S’il est d’un naturel placide, il choisira d’obéir aux mains et à l’assiette, et se retiendra.
• De guerre lasse, il se soumettra à ces aides contradictoires en passant derrière la main. Autrement dit, en s’encapuchonnant.

NB : Comment s’étonner que cette logique de compression ait abouti à la « Rollkur », alias « hyperflexion », alias « LDR » ? Si ces grossières contrefaçons sont passées dans les mœurs équestres, c’est parce qu’elles découlent mécaniquement de conceptions contre nature, érigées en dogmes.

EN RÉSUMÉ :
• Le cheval n’a pas raccourci ses bases.
• Il est passé derrière la verticale en effondrant sa nuque, ce qui le met sur les épaules.
Le résultat est donc à l’inverse du but recherché. Avec des effets indésirables en prime : contraction généralisée et des altérations de l’allure (précipitation, pour les chevaux à locomotion modeste ; tendance au « trot passagé », pour ceux qui jouissent d’un trot flatteur).

Une chose est certaine : le conducteur qui appuierait sur l’accélérateur et compenserait n usant du frein à main, serait recalé au permis de conduire ! Car il nuit à l’intégrité et à la longévité du véhicule… et pèche contre le bon sens.


Quelle est la différence entre « DEMI-ARRÊT » et « DEMI-PARADE » ?

Ce sont là deux procédés antinomiques, révélateurs de philosophies équestres incompatibles.
• La « DEMI-PARADE » pousse et tient (ou tire) simultanément. Fortes pressions exercées sur la langue et les barres : douleur, contraction, nécessité de muserolles serrées à bloc. Le cavalier en attend un raccourcissement des bases par l’arrière. Nous avons vu ce qu’il en est réellement.
• Le « DEMI-ARRÊT » est une intervention de la main SEULE, appliquée au filet, et vers le haut. Pression limitée à la commissure des lèvres. Son objet : alléger le contact et rééquilibrer le cheval par relèvement de son encolure. (L’opération étant validée par une « cession de mâchoire » dans la « descente de main ».)
L’une grandit le cheval, l’autre le comprime inutilement.


Selon les directives de la FN, le cavalier doit utiliser la « DEMI-PARADE », pour activer le cheval (sans accélérer l’allure), pour le préparer à un nouvel exercice et pour monter une transition descendante ou arrêter.
Quelles aides utilisez-vous pour accroître l’activité d’un cheval sans qu’il accélère ?


• Dans toute son éducation de base…
le cheval qui trotte décontracté et en équilibre à une vitesse V, dépense une énergie E. Pour accroître E, le cavalier doit augmenter V (jambes sans main). Il ralentira en rééquilibrant grâce au relèvement de l’encolure, et en laissant E décroître (main sans jambes). Quoi de plus naturel ?
Sauf à promouvoir le surmenage et sacrifier à l’exhibitionnisme, il est inutile, voire néfaste, de chercher à augmenter E tout en maintenant V.
L’obsession de la suractivité engendre une équitation musclée, parce qu’elle confond rassembler et compression.

• L’étude du rassembler…
C’est seulement rendu à ce stade du dressage que le cheval apprendra comment ralentir (V↓) tout en maintenant l’activité (E→) précédemment acquise. C’est donc par le jeu de transitions rapprochées, alternant « jambes sans main » et « main sans jambes », que le cavalier enseignera le rassembler, sans compression entre des aides contradictoires.

                  E →
R ↑ = –––––––––––
                  V ↓

(Le rassembler est proportionnel à l’énergie et inversement proportionnel à la vitesse.)
Cette formule explicite des définitions bien connues :
« Le rassembler, c’est l’activité dans la lenteur. »
« Le cheval qui se rassemble gagne en élévation ce qu’il perd en étendue. »


Quelles aides utilisez-vous pour monter une transition vers l’allure inférieure ou arrêter ?

Selon le niveau d’éducation du cheval, le « demi-arrêt » va d’une élévation franche et réitérée des mains, à de simples vibrations vers le haut (aides secrètes).
Le « demi-arrêt » intervient dans différentes situations :

• Dressage élémentaire
o Le « demi-arrêt » seul doit alléger et rééquilibrer, sans modification de l’allure. Au cas où le cheval tente de ralentir, la gaule interviendra pour l’en dissuader.
o Après un « demi-arrêt » qui attire l’attention du cheval et le rééquilibre… si le cavalier se grandit et recule son buste, le cheval doit ralentir, ou passer à l’allure inférieure, ou s’arrêter. « Mains + assiette… sans jambes. »

• Dressage avancé
Le cavalier utilise les exercices qui supposent l’entrée des postérieurs sous la masse, pour aborder le rassembler : arrêts depuis le trot (plus tard, depuis le galop), transitions trot–reculer–trot, et piaffer.
Au « demi-arrêt » et au reflux du buste, le cavalier ajoutera des touches répétées des jambes, qui attireront les postérieurs sous la masse. MAIS… ces jambes là agiront distinctement en arrière de la place dévolue au mouvement en avant. Ce faisant, le cavalier rapproche ses jambes des abdominaux (muscles à solliciter pour raccourcir les bases).
Gage de compréhension et d’efficacité, le cavalier emploie des aides différenciées :
o Jambes à la sangle : en AVANT.
o Jambes en retrait : engagement actif des postérieurs.
NB : Si dans une phase de recherche du rassembler le cheval se néglige, le remettre séance tenante en avant en protestant de la gaule (pas des jambes) et reprendre immédiatement l’exercice.
C’est ainsi que le cheval garde l’obsession du mouvement en avant, et reste vibrant, même quand on raccourcit son allure.


Comment préparez-vous un cheval à un nouvel exercice ?

En lui donnant préalablement, l’attitude et l’équilibre requis. S’il les adopte dans la décontraction (cession de mâchoire), il est prêt.
Si le cavalier ressent le besoin de comprimer son cheval en guise de préparation à tel ou tel exercice, il admet que le cheval n’est pas disponible, faute de se trouver dans les conditions nécessaires.
Faute d’étudier les besoins du cheval, le cavalier en est réduit à le contraindre par principe.


Y a-t-il un exercice ou un air pour lequel vous utilisez la « DEMI-PARADE » décrite par la FN ?

AUCUN. Tout ce qui précède justifie amplement de s’en abstenir.
À partir du moment où le cavalier ne considère plus le cheval comme un paquet de muscles à compacter à tout prix... mais comme un être sensible dont il faut avant tout se faire comprendre (séparation et modération des aides), pour le décontracter (cession de mâchoire), l’équilibrer (relèvement de l’encolure), et finalement, le rassembler… la « DEMI-PARADE » est à rejeter.
Elle contrevient à tout ce que nous apprennent les lois de la communication (éthologie, psychologie, didactique), de la biomécanique, de la locomotion et de l’équilibre. Sans omettre le bon sens, et certains des plus grands maîtres de l’art équestre.

Philippe Karl, janvier 2011