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Article : Les leçons de lÂ’équilibre
2009/6/12 17:23:52 (12144 reads)

Les leçons de l’équilibre

Cet article de Philippe Karl est paru en allemand dans le magazine « Dressur-Studien », Novembre 2008.

L’équitation, c’est un homme (± 75 kg) juché sur un cheval (± 500 kg). Malgré ce rapport de un à sept, le premier ambitionne de manœuvrer le second à sa guise, et même de styliser ses allures. A l’évidence, cela pose deux types de problèmes : équilibre et communication.

Il est étonnant (ou significatif) que les textes officiels régissant le dressage, ne s’y réfèrent pratiquement pas. Certes on nous dit bien que : « une mauvaise répartition du poids du cavalier perturbe l’équilibre du cheval et son rythme ». Sans doute ! Mais il conviendrait de nous enseigner : quel équilibre ? Pour quoi faire ? Et surtout, comment ?

A l’aide de quelques exemples choisis, nous allons étudier les implications pratiques d’une équitation fondée sur des données sérieuses d’équilibre… et de locomotion, car les deux sont indissociables.
 


                                


L’école des aides

La bouche est l’organe le plus sensible auquel le cavalier se trouve relié. Elle se situe à proximité du cerveau (communication) et à l’extrémité d’un long bras de levier–balancier (équilibre) : l’encolure. L’équilibre exige que le cavalier s’empare du balancier. La communication impose qu’il entretienne les meilleures relations avec la bouche.

Or, anatomie et physiologie montrent que l’hyoïde (support de la langue, relié au sternum, à la nuque et aux épaules) est le carrefour de tout ce qui affecte le massif antérieur (et bien au-delà !). Tout dysfonctionnement (attitude inappropriée, déséquilibre, anxiété, douleur etc.) entraîne un blocage des mâchoires et de la langue. D’autre part, l’éthologie a montré que la mobilité du maxillaire inférieur et de la langue entre dans les comportements de soumission à un dominant.  

Donc, pour influer sur l’équilibre via la position de l’encolure, le cavalier doit avant tout se préoccuper de mobiliser à volonté la mâchoire et la langue : gage de décontraction, d’aimable soumission, en un mot : de confiance.
 

Cession de mâchoire, flexions latérales,
extension de l’encolure et flexion de la nuque en position haute.

 
C’est par un relèvement suffisant de l’encolure (fonction du modèle) que le cavalier place son cheval dans l’impossibilité de peser à la main. En agissant vers le haut (demi-arrêt), sur la commissure des lèvres (et non sur la langue : organe hypersensible), il provoquera le relèvement de la base de l’encolure, puis une « cession de mâchoire » (cheval qui goûte son embouchure : déglutition)… immédiatement récompensé par une « descente de main » : légèreté à la main. Le cheval se tenant de lui-même (équilibre) et livrant sa bouche (décontraction et soumission), le cavalier aura tout loisir de déterminer des flexions latérales prononcées (assouplissements) dont découlera l’extension de l’encolure (élongation de la ligne du dessus), favorable au jeu dorso-lombaire et facteur de mouvement en avant. Chaque nouvelle attitude sera validée par une « cession de mâchoire ». Flexion de la nuque en position haute et fixité de la tête parachèveront le processus, naturellement.


Nota bene : Le système de dressage qui fixe la tête en position basse (déséquilibre aggravé) par flexion coercitive de la nuque (douleur, contractions), grâce à des enrênements ou des mains basses, et à l’aide de muserolles verrouillées (communication degré zéro), met la charrue devant les bœufs et viole la nature du cheval.
 

 Dans le plan vertical : rééquilibrer, ralentir

Eléments de locomotion, au trot. L’examen de photographies concernant toute la gamme du trot, du plus étendu au plus rassemblé (le passage), montre que jamais le cheval ne raccourcit ses bases diagonales (fréquemment même, il les ouvre au passage !). Que ce soit pour rééquilibrer ou ralentir l’allure, l’engagement des postérieurs se rapprochant du centre de gravité est donc une vue de l’esprit.

Conclusion : La demi-parade, associant des « mains basses actives » à une assiette et des jambes qui poussent, s’avère donc inutile… et même néfaste (aides contradictoires émoussant leurs valeurs respectives). Il convient de lui préférer le demi-arrêt (La Guérinière, Baucher, L’Hotte etc.) : intervention de la main seule, vers le haut, destinée à reporter la masse vers les hanches par relèvement de la base de l’encolure. Le cavalier reportera son buste vers l’arrière, en fonction de l’objectif recherché.

C’est seulement dans les airs impliquant un raccourcissement des bases que, moyennant bien des précautions, le cavalier combinera le relèvement de l’encolure à des jambes actives : arrêt rassemblé, piaffer, galop très rassemblé, pirouette au galop.

Nota bene : Equilibre, locomotion et bon sens prêchent donc en faveur de l’emploi d’aides séparées et modérées. « Main sans jambes, jambes sans main » (F. Baucher).

 

 

Dans le plan horizontal : changement de direction, d’une ou de deux-pistes

  • L’anatomie montre que le cheval ne peut en aucun cas ployer uniformément son rachis de la nuque à la queue. La locomotion nous apprend qu’il évolue par des ondulations périodiques de la colonne vertébrale.
    Conclusion : Le cheval ne peut tourner par adaptation du rachis à la courbe parcourue… comme un train sur des rails. Donc, pas de jambes cherchant un illusoire maintien de l’incurvation autour de la jambe du dedans.
 

De gauche à droite :
en haut : rêne d’ouverture droite, rêne d’appui gauche
en bas : appuyer, renvers, épaule en dedans, travers
  • En liberté, un cheval tourne en portant sa tête vers le dehors, car c’est pour lui la meilleure façon de surcharger l’épaule du dedans. C’est donc la répartition de la masse entre les deux épaules qui détermine le changement de direction. Le reste suit, en poussant. Les aides du tourner doivent donc se limiter au chargement de l’assiette dans la direction voulue (quel que soit le pli), et à des effets latéraux de la main (rêne d’ouverture ou rêne d’appui). Les jambes n’ont à intervenir qu’en cas de perte d’activité.
  • Dans le travail de deux-pistes, l’équilibre exige que le cavalier charge l’assiette dans le sens du déplacement, indépendamment du pli de l’encolure.
    Exemples : Epaule droite en dedans : assiette à gauche. Appuyer à droite : assiette à droite. Renvers sur un cercle à main gauche : assiette à gauche. Travers sur un cercle à main droite : assiette à droite.
    Nota bene : Si L’épaule en dedans, exercice fondamental, est si souvent considérée comme une difficulté, c’est en raison d’une assiette portée vers le dedans. Cette faute contre l’équilibre amène des aides contradictoires, l’assiette disant : « Viens par ici ! », les mains : « Non, n’y vas pas ! », et la jambe intérieure : « Vas par là-bas !»
 

Travail au galop

Dès le XIXème siècle, les expériences d’un scientifique, Marey, ont démontré qu’au galop (par exemple sur le pied droit), un cheval surcharge les membres de son latéral gauche. Cela explique qu’un cheval souffrant d’un membre du latéral droit, galope le plus souvent sur le pied droit (rapporté par Licart dans « Equitation raisonnée »).

Conclusions :
  • Pour les départs au galop à droite, le cavalier doit surcharger son assiette à gauche.
  • Pour le contre-galop (pied droit sur courbe à gauche), l’assiette à gauche aidera tout à la fois, à maintenir le galop sur le pied droit, et à tourner vers la gauche. Equilibre et cohérence des aides obligent !
  • Sachant que c’est en tournant dans le contre-pli qu’un cheval surcharge le plus aisément son latéral du dedans, c’est à partir d’un cercle à droite avec pli à gauche (rêne d’appui) et assiette à droite, que le cavalier enseignera le plus facilement le changement de pied de droite à gauche.
    De plus, les hanches étant plus légères que les épaules, la force centrifuge les affecte en priorité. Cela explique pourquoi un cheval qui galope sur une courbe :
    - sur le pied du dehors, se désunit toujours par changement des antérieurs…
    - sur le pied du dedans, se désunit toujours par changement des postérieurs.
    Donc : L’étude du changement de pied sur le cercle, du pied de dedans vers celui du dehors, donne l’inestimable garantie d’un changement de pied entamé par les postérieurs.

Nota bene : En termes d’équilibre, chercher à enseigner le changement de pied de droite à gauche en tournant à gauche et en s’asseyant à gauche est une fausse bonne idée créant de vrais problèmes.

 
En haut :
départ au galop à droite, contre-galop sur le pied droit
En bas :
enseignement du changement de pied de droite à gauche
 

Le rassembler

Equilibre et locomotion montrent qu’il y a rassembler et rassembler. Faute de le comprendre, on risque de n’obtenir ni l’un ni l’autre.

Piaffer :
Un cheval n’est réellement en équilibre vers les hanches qu’aux conditions suivantes :
    - relèvement maximum de l’encolure,
    - verticalité de l’antérieur à l’appui,
    - entrée active des postérieurs sous la masse par flexion et abaissement des hanches.
Nota bene : Le dressage actuel donne des 7 et des 8/10 à des piaffers qui mettent parfois jusqu’à deux fois plus de poids sur les antérieurs que sur les postérieurs (méfaits de la demi-parade et de l’encapuchonnement). Ce n’est pas du mauvais piaffer, c’est l’inverse du piaffer, une authentique perversion de l’équilibre.


 

  Passage :
Si un cheval piaffe essentiellement avec ses hanches et les muscles du dessous (abdominaux, psoas, cruraux), il passage surtout avec ses épaules et les muscles de son dessus. Il ne peut se pousser vers le haut et rebondir que s’il monte ses épaules… comme pour sauter.
 

        

    

 
Conclusion : Si en raison d’allures modestes un cheval n’a pas spontanément ce relèvement du geste, il n’aura jamais ni l’équilibre ni le temps de suspension lui permettant de passager. En conséquence, c’est par des transitions rapprochées entre un bon pas dit « espagnol » (élévation alternée des épaules) et le trot rassemblé (propulsion) que le cavalier mettra à un bon passage à peu près n’importe quel cheval.

Conclusions

Dans le dressage, l’enseignement des aides prime tout (communication oblige). Il ne peut s’opérer valablement que dans le respect des lois de l’équilibre et de la locomotion (encore faut-il les connaître). Ces aides naturelles permettront au cavalier de déterminer les attitudes et les équilibres favorables à l’obtention de tel ou tel geste, exercice etc. C’est à cette condition que l’équitation devient réellement classique.

Faute de s’y conformer, le dressage actuel se limite à l’exploitation, parfois habile mais généralement autoritaire et musclée, de chevaux aux aptitudes exceptionnelles… avec de graves contrefaçons à la clef.

Article des règlements FEI jusqu’en 1958 : « A toutes les allures, une légère mobilité de la mâchoire sans nervosité, est la garantie de la soumission et de la répartition harmonieuse des forces. »

Autrement dit : Pas de légèreté, pas d’équilibre, et donc pas de rassembler.

       Philippe Karl, août 2008

 


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